Un tablier à 14 ans
J'ai commencé à travailler à 14 ans. Bac pro boulangerie-pâtisserie, puis un CAP chocolaterie. Pendant dix ans, j'ai travaillé dans des maisons exigeantes : Lenôtre, La Maison du Chocolat, le Plaza Athénée. Des endroits où on apprend la rigueur, le rythme, et à encaisser la pression.
J'ai aussi passé un an en Australie. Travailler dans mon métier à l'autre bout du monde, voyager entre deux contrats, découvrir d'autres cultures et d'autres façons de vivre. Une expérience qui m'a ouvert la tête sur beaucoup de choses.
Pendant longtemps, l'objectif était clair : ouvrir ma propre entreprise. J'ai tenté, mais entre les sacrifices que ça demandait et une conjoncture économique compliquée — en pleine pandémie de Covid — l'envie s'est estompée. Pas un drame, juste le constat que ce chemin n'était plus le mien.
Chercher ma voie
Quand on quitte un métier qu'on fait depuis dix ans, on ne sait pas forcément quoi faire ensuite. J'ai essayé la musique — quelques mois en studio. L'univers me plaisait, mais le rythme, l'ambiance et les perspectives ne me correspondaient pas.
Ensuite, cinq mois en Asie. Le bon moment pour profiter, prendre du recul et réfléchir à ce que je voulais construire.
Vers la tech
Au retour, mon cousin m'a parlé de programmation. Mon père a trouvé ça logique — il en avait fait plus jeune, et j'avais toujours été derrière un écran. Ma sœur aussi avait touché au code. L'idée a fait son chemin.
En creusant, j'ai vu ce que le développement offrait par rapport à la pâtisserie : les perspectives de salaire, la diversité des opportunités, et surtout une flexibilité dans les conditions de travail qui n'existe quasiment pas en cuisine. J'ai décidé d'essayer la piscine de 42.
63 heures par semaine, pendant un mois
La piscine de 42, c'est un mois d'immersion totale. Neuf heures par jour, tous les jours, sans pause. À ça s'ajoutent 60 heures de transport sur le mois pour ma part. On avance exercice après exercice, concept après concept. On ne comprend pas grand-chose au début, mais on continue. On échange avec des gens qui sont parfois dans le même cas que nous, parfois pas du tout. Ce n'est pas une question d'être bon — c'est une question de ne pas lâcher.
Après le dernier examen — huit heures d'affilée sans pause — puis un mois d'attente, j'ai enfin eu le résultat. J'ai été pris.
Le tronc commun — et un genou en moins
Le tronc commun de 42, c'est là que les choses deviennent sérieuses. Des projets de plus en plus complexes, du C, du système, des algorithmes.
Et puis je me suis blessé au genou. Rupture du ligament croisé antérieur. À ce moment-là, j'étais en plein dans minishell, un des projets les plus exigeants du cursus. J'ai accéléré avec mon binôme pour le terminer avant l'opération.
Minishell terminé, direction la maison. Opération, puis deux mois sans rien faire. Pas l'envie, pas la motivation, pas la tête à coder. Pendant ce temps, mes camarades continuaient à avancer. Le stress de décrocher, de ne plus être au même niveau au retour.
J'avais du retard. Mais rien d'insurmontable. J'ai rattrapé petit à petit, projet par projet.
Découvrir le DevOps
C'est le projet Inception qui a posé les bases. Docker, les conteneurs, l'infrastructure — j'ai compris assez vite l'utilité concrète de ces outils dans le monde professionnel. Construire des environnements reproductibles, automatiser, penser en systèmes plutôt qu'en lignes de code : c'est ce qui me correspond.
En parallèle, j'ai commencé Glasck avec des amis — un vrai projet avec de vrais utilisateurs, une vraie infrastructure à gérer. C'est là que le DevOps est passé d'un intérêt à une direction professionnelle.
Ce qu'on ne montre pas
Je vais être honnête : c'est pas facile tous les jours. Il y a des outils à apprendre en permanence, des lacunes à combler sur certains langages, des moments où tu regardes les autres et tu te dis qu'ils sont largement plus forts que toi. Des potes de promo qui avancent plus vite, qui décrochent des postes pendant que toi tu galères encore.
La démotivation vient par vagues. Mais elle finit toujours par laisser la place à la détermination.
Petit à petit, ça avance. Chaque outil appris, chaque projet terminé, chaque problème résolu ajoute une brique. C'est lent, c'est pas linéaire, mais ça avance.
Ce que la pâtisserie m'a appris, c'est que tout se construit étape par étape. Le code, c'est pareil.
Pour ceux qui hésitent
Je n'ai jamais été le plus fort de ma promotion. Je n'ai pas encore de poste, pas de parcours parfait à montrer. Mais pour ceux qui envisagent une reconversion, qui hésitent à tenter 42 ou un autre parcours dans la tech : c'est possible. Ce sera exigeant, il y aura des doutes et des comparaisons difficiles. Je ne peux pas promettre que ça paie. Ce que je peux dire, c'est que j'avance, et que chaque jour je me rapproche un peu plus de mon objectif : un métier qui me correspond, avec des conditions de vie qui me conviennent.