Pourquoi 42 ?

Je n'ai jamais réussi à rester assis devant des cours classiques. En pâtisserie, j'ai commencé à 14 ans — le format pratique me convenait. Mais l'idée de retourner dans un système scolaire traditionnel pour me reconvertir ne me correspondait pas du tout.

L'école 42, c'est gratuit, sans profs, sans cours magistraux, sans diplôme requis à l'entrée. On apprend par projets, on évalue les autres, et les autres nous évaluent. On travaille à son rythme, comme on veut, quand on veut. C'est ce format qui m'a convaincu. J'aime comprendre pourquoi avant de faire — et à 42, c'est le principe : tout le monde s'entraide, on croise les informations, on teste sur nos projets, on vérifie par soi-même.

La seule condition pour entrer : passer la piscine, l'examen d'entrée.

Un peu de préparation

Je ne suis pas arrivé les mains complètement vides. Avant la piscine, je me suis entraîné sur Zeste de Savoir et OpenClassrooms — les bases du C, les commandes Linux et Git. Rien d'avancé, juste assez pour ne pas être totalement perdu le premier jour.

La piscine repart de zéro, c'est vrai. Mais avoir touché un terminal, savoir compiler un programme et comprendre ce qu'est un commit, ça enlève une couche de stress quand tout le reste est déjà intense.

La piscine — un mois pour tout prouver

26 jours d'immersion totale en langage C. Plus de neuf heures par jour, tous les jours, sans pause. À ça s'ajoutaient 60 heures de transport sur le mois pour ma part. Et pour moi, c'était le seul plan. Pas de formation de secours, pas d'alternative.

Le format : des modules d'exercices à enchaîner, chacun centré sur une notion. On code, on soumet, et c'est évalué de deux manières — une correction automatique, et une évaluation par les pairs. D'autres candidats relisent ton code, te posent des questions, et vérifient que tu as compris ce que tu as écrit.

Les vendredis soir, examen de quatre heures. Le week-end, des "rushes" — des projets de groupe en 48 heures avec des équipes générées aléatoirement. On apprend à collaborer avec des gens qu'on n'a pas choisis, sous pression, avec un délai court.

Les premiers jours, on ne comprend rien. C'est normal. Mais malgré la pression, l'ambiance est plutôt bonne. Tout le monde galère, tout le monde pose des questions, et il y a une vraie entraide. J'ai aimé apprendre et découvrir, même quand c'était dur. Il y a quelque chose de motivant dans le fait de débloquer un concept à 23h après avoir séché dessus toute la journée.

Ce que 42 cherche : pas les meilleurs codeurs, mais les gens qui progressent, qui ne lâchent pas, qui aident les autres même quand ils galèrent eux-mêmes.

La progression entre chaque examen compte plus que le score absolu.

Après le dernier examen — huit heures d'affilée — puis un mois d'attente, le résultat est tombé. J'étais pris.

Le tronc commun — projet par projet

Le tronc commun, c'est le vrai cursus. Les meilleurs le bouclent en cinq ou six mois. En moyenne, il faut compter dix-huit mois. La limite est fixée à trois ans. Pas de cours, pas d'emploi du temps imposé — des projets à valider dans l'ordre, chacun un palier au-dessus du précédent.

Ça commence par les fondations : libft — recoder les fonctions de la bibliothèque standard C qu'on réutilisera dans tous les projets suivants. Puis ft_printf, get_next_line : des fonctions qu'on tient pour acquises quand on code, mais qu'on reconstruit de zéro pour comprendre ce qu'il y a sous le capot.

Ensuite ça monte : Born2beRoot pour l'administration système sous Debian, push_swap pour les algorithmes de tri, pipex pour la gestion de processus, so_long pour une première approche graphique en 2D.

Puis minishell — recréer un interpréteur de commandes. Pipes, redirections, variables d'environnement. Un des projets les plus costauds, en binôme. C'est à ce moment-là que je me suis blessé au genou. Rupture du ligament croisé antérieur. On a accéléré avec mon binôme pour terminer avant l'opération. Projet validé, puis deux mois à la maison sans rien faire.

Au retour, du retard. Mais 42 permet de reprendre à son rythme. J'ai rattrapé petit à petit.

Après minishell, les projets continuent : cub3D pour le ray-casting, la piscine C++ pour découvrir un nouveau langage, Inception pour Docker et l'infrastructure, IRC pour coder un serveur en C++. Le cursus s'achève sur Transcendence — une application web complète, multijoueur, qui valide le tronc commun et ouvre la porte aux stages et à la spécialisation.

Ce que 42 m'a appris

Au-delà du code, 42 apprend à apprendre. Pas de corrigé à recopier, pas de solution officielle. Il faut chercher, tester, échouer, demander, recommencer. C'est frustrant au début, mais c'est comme ça que le métier fonctionne ensuite.

L'évaluation par les pairs force à vraiment comprendre ce qu'on écrit — pas juste à le faire tourner.

Si on ne peut pas expliquer son code à quelqu'un d'autre, c'est qu'on ne l'a pas compris.

Et surtout : on apprend à s'entraider. À 42, aider quelqu'un n'est pas tricher. C'est le fonctionnement normal.

Pour ceux qui envisagent 42

Quelques choses que j'aurais aimé savoir avant :

  • Un peu de préparation aide. La piscine repart de zéro, mais arriver avec les bases de Git, Linux et du C enlève du stress inutile. OpenClassrooms, Zeste de Savoir, ou n'importe quelle ressource gratuite suffit.
  • Le rythme est un marathon. Ceux qui font des nuits blanches la première semaine craquent souvent la troisième. Mieux vaut des journées régulières que des sessions de quinze heures suivies de jours à vide.
  • Parler aux autres est obligatoire. Pas pour avoir les réponses — pour comprendre.
  • La progression compte plus que le niveau. Quelqu'un qui passe de 0 à 40% intéresse plus 42 que quelqu'un qui stagne à 60%.
  • Les imprévus, ça arrive. J'ai dû m'arrêter deux mois en plein cursus. Le format de 42 permet de reprendre. C'est dur psychologiquement, mais c'est possible.